Le diagnostic préalable est l'étape go/no-go de tout projet de surélévation. Bien menée, l'investigation de l'existant détermine la faisabilité technique, le périmètre de renforcement, et le budget réaliste. Mal menée, elle expose à des surprises lourdes en chantier qui peuvent invalider le projet. Cette check-list passe en revue les 6 points d'inspection critiques pour l'ingénieur structure : fondations, structure verticale, structure horizontale (planchers et contreventement), matériaux (béton, acier, bois — pathologies déjà présentes), histoire du bâtiment (modifications, sinistres), et contexte réglementaire (PLU, ABF, parasismique zonal). Conventions du cours : N > 0 = COMPRESSION, M > 0 = fibre inférieure tendue.
① Diagnostic fondations — mission G2 PRO (NF P94-500 :2013)
Investigations à mener :
— Sondage géotechnique au pied du bâtiment (à 4-8 m de profondeur)
— Sondages au pénétromètre (CPT) en périphérie
— Identification du type de fondation existante (semelle filante, isolée, radier, pieux)
— Mesure profondeur d'assise et largeur exacte
— Recherche traces de tassements différentiels (fissures, désaplomb)
— Caractérisation du sol porteur (essai pressiométrique Ménard, lugeon si nappe)
Pièges classiques :
— Semelles non identifiées sur plans → ouvrir 1 fouille minimum par face
— Bâti en zone RGA (argiles) → étude sécheresse + arbres voisins
— Bâti ancien sur pieux bois (Paris, Amsterdam) → vérifier ennoyage permanent
— Voisins immédiats → mesurer distance et état (effondrement Aubagne 2018)
② Diagnostic structure verticale (poteaux, murs porteurs) :
Investigations :
— Localisation et géométrie des poteaux / murs porteurs (sondages à la pointerolle)
— Mesure verticalité (laser, désaplomb > L/500 critique)
— Pour BA : scléromètre + carottage pour f_c réel
— Pour BA : ferroscan / Profometer pour relever armatures (Ø, espacement)
— Pour BA : phénolphtaléine pour profondeur carbonatation (Module 2 Pathologies)
— Pour maçonnerie : essai au dynamomètre, mortier + brique séparément
— Pour acier : relevé épaisseurs aux ultrasons + traces corrosion
— Pour bois : résistographe + détection pourrissement + humidité
Tests destructifs typiques :
— 1 carottage Ø 100 mm par 100 m² de plancher (béton)
— Test à la cisaille sur 5-10 % des armatures révélées (acier)
— Carottage bois pour vérification cœur sain
③ Diagnostic structure horizontale (planchers, contreventement) :
Investigations :
— Identification du type de plancher (dalle pleine BA, bois traditionnel, poutrelles-hourdis, métal)
— Mesure portée libre + épaisseur réelle
— Pour bois : flèche résiduelle sous charge propre (mesure niveau laser)
— Pour bois : essai d'humidité (NF EN 13183-1)
— Identification rôle de diaphragme (rigide / souple — voir Plancher 3 Enseignement)
— Identification du contreventement vertical (voiles, croix St-André, portique rigide)
— Chemins de descente de charges (1 plan par étage minimum)
Indicateurs préoccupants :
— Flèche plancher bois > L/300 → suspicion pourrissement appui
— Voile BA avec ouvertures non chaînées → résistance horizontale dégradée
— Planchers anciens type voutain (briques + poutrelles métal) → diaphragme souple → renforcer
④ Diagnostic matériau / pathologies (voir Pathologies des structures) :
| Matériau | Pathologies à rechercher | Test diagnostic |
|---|---|---|
| Béton armé | Carbonatation, corrosion armatures, RAG/DEF, fissuration retrait | Phénolphtaléine, ferroscan, carottage |
| Maçonnerie | Désorganisation, érosion mortier, infiltrations | Sondage à la pointe, test à la cisaille |
| Acier | Corrosion (X générale, X piqûres galvaniques), fatigue | UT épaisseur, magnétoscopie soudures |
| Bois | Pourrissement, capricornes, mérule, vrillettes | Résistographe, humidité, identification visuelle |
| Sol | Tassements différentiels, RGA, fontis (rare) | Niveau laser, satellite InSAR, sondage profond |
⑤ Diagnostic historique — archives bâtiment :
Documents à rechercher :
— Permis de construire d'origine + DOE (à la DRIEE / mairie)
— Permis de modifications successives (PC modificatifs, déclarations préalables)
— Études géotechniques antérieures
— Diagnostic technique (DPE, ERP, accessibilité PMR)
— Diagnostic plomb, amiante, termites
— Sinistres déclarés (assurance, sinistres de catastrophe naturelle, expertise)
Points d'attention :
— Surélévation antérieure (cumul = effet × 2 sur les fondations)
— Modifications structurelles non documentées (suppression murs porteurs, ouvertures)
— Sinistres sécheresse 2003 ou 2018 (RGA — voir Module RGA)
⑥ Diagnostic réglementaire et urbanisme :
Vérifications obligatoires :
— PLU local : règles de surélévation autorisées (hauteur, alignement, COS)
— Loi ALUR 2014 + ELAN 2018 : facilitations en zone tendue
— Avis ABF (Architectes des Bâtiments de France) si secteur sauvegardé
— Permis de construire obligatoire (sauf petites surfaces zone U)
— Zonage sismique EC8 : changement de catégorie possible si dépassement seuils
— Étude G2 PRO obligatoire en zone RGA (loi ELAN art. 68)
— Réglementation feu (mise à niveau si type modifié)
— Accessibilité PMR (ascenseur obligatoire au-delà R+3)
Coût indicatif du diagnostic structure (hors géotechnique) :
| Niveau d'investigation | Coût (€ HT) | Délais |
|---|---|---|
| Documentaire seul (DOE) | 1 500 - 5 000 | 1-2 semaines |
| + Visite + sondages visuels | 5 000 - 15 000 | 3-4 semaines |
| + Sondages destructifs (carottages) | 15 000 - 40 000 | 6-8 semaines |
| Complète (G2 + ND + structures) | 40 000 - 100 000 | 3-4 mois |
Règle d'or : investir 1 % du coût de la surélévation dans le diagnostic permet d'éviter 10-30 % de surcoûts en cours de chantier. Mieux vaut un diagnostic complet qui révèle des points bloquants en amont qu'un chantier à l'arrêt par découverte tardive.
Lien avec d'autres modules. Étapes suivantes du diagnostic : Module 4 (Fondations), Module 5 (Poteaux existants), Module 6 (P-Δ), Module 7 (Vent & séisme), Module 8 (Interface).