Les argiles gonflantes (smectites, montmorillonites) absorbent l'eau entre leurs feuillets cristallins élémentaires. En saison humide, elles gonflent (jusqu'à +30 % en volume). En saison sèche, elles se rétractent (-15 % en volume). Si la maison est fondée sur ces sols à faible profondeur (semelles classiques), elle subit des tassements différentiels entre zones humides (sous la terrasse, sous la maison) et zones sèches (en périphérie, sous l'arbre proche). Résultat : fissures diagonales en escalier dans les murs, signature visuelle universelle de la pathologie. En France, 60 % des sinistres en maison individuelle sont dus au RGA selon l'AQC (Agence Qualité Construction). Coût annuel : 1 Mrd €/an. Aggravé par le changement climatique (sécheresses 2003, 2018, 2022) et par les arbres à proximité.
Mécanisme physique du RGA. Les argiles smectiques ont une structure en feuillets de 1 nm d'épaisseur, séparés par des espaces interfoliaires où l'eau peut s'insérer. Selon la quantité d'eau adsorbée :
Saison humide : feuillets éloignés → volume macro ↑ (+15 à +30 %)
Saison sèche : feuillets resserrés → volume macro ↓ (-10 à -15 %)
Indice de gonflement libre IL (essai œdomètre) :
IL < 2 % → argile faible (illite, kaolinite, marnes saines)
2 % < IL < 6 % → argile moyenne
IL > 6 % → argile forte (smectite, montmorillonite, argile noire d'Aquitaine)
La carte BRGM. Le BRGM publie une carte départementale du risque RGA. Zones à fort aléa : Bassin Parisien (argiles plastiques du Sparnacien), Aquitaine (molasses), vallée du Rhône, Provence. Tous les permis de construire en zone à risque doivent intégrer une étude géotechnique G2 PRO depuis la loi ELAN (2018, art. 68).
Effet aggravant des arbres. Un arbre adulte (peuplier, chêne, eucalyptus) pompe 50 à 500 L d'eau par jour en été. Son influence sur l'humidité du sol s'étend dans un rayon égal à 1,5 fois la hauteur de l'arbre. À proximité d'une maison, l'asymétrie d'humidité créée provoque un tassement différentiel.
Effet à éviter : arbre à moins de 1,5 × Harbre de la maison
Solution préventive : arracher OU planter à distance suffisante OU barrière anti-racines
Solutions techniques face au RGA :
| Niveau | Solution | Coût relatif |
|---|---|---|
| ① Préventif (neuf) | Fondation profonde : semelles à > 1,2 m (DTU 13.1) | + 5-10 % |
| ① Préventif (neuf) | Radier rigide en béton armé sur sol homogénéisé | + 15-25 % |
| ① Préventif (neuf) | Pieux ou micropieux ancrés au bon sol (typ. 4-8 m) | + 30-50 % |
| ② Existant | Trottoir périmétral de 1,5 m + drains périphériques | 5-10 k€ |
| ③ Reprise sinistrée | Reprise en sous-œuvre par micropieux + chaînage | 40-100 k€ |
| ③ Reprise sinistrée | Injection résine expansive (Uretek®) sous semelle | 15-30 k€ |
Critères de tassement EC7 + DTU 13.1 :
Tassement absolu maxi : s ≤ 25 mm (maçonnerie traditionnelle)
Tassement différentiel : Δs/L < 1/500 (cas courant)
Δs/L < 1/300 (structures peu sensibles)
Δs/L < 1/1000 (structures sensibles, joints rigides)
Identification visuelle des fissures RGA. Trois caractéristiques typiques permettent un diagnostic immédiat :
① Forme en escalier : fissures qui suivent les joints des éléments de maçonnerie (45° dans murs en briques)
② Coins préférentiels : départent souvent des angles de baies (concentration de contraintes)
③ Saisonnalité : s'ouvrent en été, se referment partiellement en hiver
④ Ouverture progressive : croissance de 0,1-0,5 mm/an
Études géotechniques à exiger (loi ELAN 2018) :
G1 PGC — Préalable Générale (vendeur, prép. terrain)
G2 AVP / PRO — Avant-projet / Projet (acheteur, conception)
G2 PRO obligatoire en zone aléa moyen ou fort RGA
Identification : essais œdomètre, granulométrie, limites Atterberg
Lien avec les autres modules. Le RGA est un cas particulier de tassements différentiels (Module 5) causés par un sol évolutif. Il interagit avec le retrait empêché du béton (Module 1) en sollicitant la structure dans les mêmes zones (jonctions, angles).