Le terme « surélévation » recouvre une grande diversité de configurations structurelles. Ce module distingue 8 types canoniques : (1) verticale légère (CLT bois), (2) verticale moyenne (acier + bac collaborant), (3) verticale lourde (BA classique), (4) surélévation totale (R+10+ ajouts type IGH bois), (5) extension latérale (« avancée »), (6) cantilever (porte-à-faux sur trottoir), (7) surélévation partielle (sur une partie de toiture), (8) sandwich suspendu (au-dessus d'une cour intérieure). Chaque type a son champ d'application, ses contraintes structurelles spécifiques, et son cadre réglementaire.
① Verticale légère (CLT bois lamellé-croisé)
Configuration : 1-2 niveaux supplémentaires sur un bâti existant à toiture remplacée.
Panneaux CLT préfabriqués 100-300 mm. Plancher CLT 200 mm + chape sèche acoustique.
Charge ajoutée : 2-2,5 kN/m² par étage.
Délai chantier : 1 semaine par étage (préfabrication usine).
Coût : 2 500-4 000 €/m².
Champ d'application : bâti haussmannien, faubourien (cap. résid. > 25 %).
Réglementation : permis de construire, ABF si secteur sauvegardé, RE2020 favorable.
Avantages : préfabrication rapide, faible poids, bilan carbone -70 % vs BA, esthétique cohérente avec combles.
Inconvénients : surcoût modeste vs PRO, résistance feu nécessite traitement (REI 60 +).
② Verticale moyenne (acier + bac collaborant)
Configuration : 2-4 niveaux sur bâti existant. Ossature acier (IPE/HEA) + planchers bac collaborant
+ dalle BA 8-12 cm.
Charge ajoutée : 3-4 kN/m² par étage.
Délai chantier : 1-2 semaines par étage.
Coût : 1 800-3 500 €/m².
Champ d'application : bâti industriel, BA récent, bureaux tertiaires.
Réglementation : permis de construire, ICPE éventuel pour usage tertiaire.
Avantages : grandes portées possibles (8-12 m), mise en œuvre rapide, démontable.
Inconvénients : tenue feu acier requise (peinture intumescente), corrosion à anticiper.
③ Verticale lourde (béton armé)
Configuration : 1-3 niveaux BA classique sur bâti existant solide. Dalles pleines 18-22 cm,
poteaux 30×30 ou 40×40 cm.
Charge ajoutée : 6-7 kN/m² par étage.
Délai chantier : 4-8 semaines par étage (durée du séchage + coffrage).
Coût : 1 500-2 500 €/m².
Champ d'application : bâti récent BA (post-1990) avec capacité résiduelle suffisante, ou avec
renforcement systématique des fondations et poteaux.
Réglementation : permis de construire, étude G2 PRO.
Avantages : continuité matériau (rare cohérence du structurelle), durée de vie ≥ 100 ans, tenue feu OK.
Inconvénients : poids élevé → renforcement structure souvent obligatoire, délai chantier long.
④ Totale (R+10+ ajouts type IGH bois)
Configuration : surélévation majeure (+5 à +15 niveaux) transformant le bâti en IGH.
Charge ajoutée : 30-100 kN/m² au pied de l'existant.
Délai chantier : 1-2 ans.
Coût : 3 000-5 000 €/m².
Champ d'application : très rare. Cas où le bâti existant n'a qu'un rôle de socle (parking,
hall) et la nouvelle construction crée un IGH au-dessus.
Réglementation : permis de construire + classement IGH (Préfet) + EC8 catégorie III ou IV + PPRI/PPRT.
Avantages : densification urbaine maximale.
Inconvénients : complexité extrême — reprise massive des fondations (souvent micropieux
+ chemisage), nouveau contreventement complet, recalcul total vent + séisme. Cas IGH bois CLT
avec récents : Mjøstårnet (85 m), HoHo Wien (84 m).
⑤ Extension latérale (« avancée »)
Configuration : extension horizontale à côté du bâti existant, généralement en mitoyen
ou en cour intérieure. Structure indépendante ou liée.
Charge ajoutée : 0 sur l'existant (sauf si solidarisation).
Délai chantier : 6-12 mois.
Coût : 2 000-3 500 €/m².
Champ d'application : extensions urbaines, agrandissement maison individuelle, comblement de dents creuses.
Réglementation : permis de construire, accord copropriétés voisines.
Avantages : pas de surcharge sur existant, grande liberté structurelle.
Inconvénients : joint sismique à étudier, gestion des mitoyens (voirie, accès, fondations parallèles).
⑥ Cantilever (porte-à-faux sur trottoir)
Configuration : surélévation en porte-à-faux de 1-2 m sur la voie publique. Cas
classique des combles mansardés (lucarnes, balcons saillants) et extensions urbaines en cantilever.
Charge ajoutée : poids cantilever + 2× moment au point d\'attache.
Délai chantier : 2-6 mois.
Coût : 3 500-5 000 €/m² (compte tenu des renforcements requis).
Champ d'application : bâti urbain dense, gain de surface en plan.
Réglementation : permis spécial, autorisation de voirie (gestion du domaine public), assurance majorée.
Avantages : gain immédiat de surface utile, esthétique.
Inconvénients : moment de renversement à reprendre par l'existant, vérification stabilité globale,
vérification ascenseur si nécessaire.
⑦ Partielle (sur une partie de toiture)
Configuration : surélévation sur une partie du toit existant (ex. ajout d'un seul logement
sur une terrasse). Conservation partielle de l'ancienne toiture.
Charge ajoutée : 2-4 kN/m² par étage, mais localisée.
Délai chantier : 3-6 mois.
Coût : 2 800-4 500 €/m².
Champ d'application : maisons individuelles, immeubles avec terrasse accessible, lofts urbains.
Réglementation : permis de construire, accord copropriété.
Avantages : intervention ciblée, perturbation usagers limitée.
Inconvénients : charges localisées sur quelques voiles ou poteaux → vérification ponctuelle
indispensable. Étanchéité au raccord toiture existante / surélévation. Asymétrie en plan = risque torsion.
⑧ Sandwich suspendu (au-dessus d\'une cour intérieure)
Configuration : surélévation en pont reliant deux murs porteurs existants au-dessus d\'une
cour intérieure ou d\'un passage. Structure type poutre treillis ou poutre-voile.
Charge ajoutée : 2-4 kN/m², transmise aux murs latéraux.
Délai chantier : 4-8 mois.
Coût : 3 500-6 000 €/m² (complexité structurelle).
Champ d'application : passages couverts, hôtels avec cours intérieures (Marais Paris), conversions
d\'anciens passages couverts.
Réglementation : permis de construire, accord copropriété si plusieurs immeubles concernés.
Avantages : création d\'espaces inédits (loft suspendu), valorisation cour intérieure inexploitée.
Inconvénients : grandes portées (5-15 m), structures spécifiques (poutres-voiles, treillis),
assemblage avec 2 ouvrages indépendants (différentiel possible).
Tableau comparatif synthétique des 8 typologies :
| Type | Charge ajoutée | Délai | Coût €/m² | Complexité |
|---|---|---|---|---|
| ① Verticale légère CLT | 2-2,5 kN/m²/ét | 1 sem/ét | 2 500-4 000 | ★★ |
| ② Verticale moyenne acier | 3-4 kN/m²/ét | 1-2 sem/ét | 1 800-3 500 | ★★★ |
| ③ Verticale lourde BA | 6-7 kN/m²/ét | 4-8 sem/ét | 1 500-2 500 | ★★ |
| ④ Totale R+10+ | 30-100 kN/m² | 1-2 ans | 3 000-5 000 | ★★★★★ |
| ⑤ Extension latérale | 0 (indépendant) | 6-12 mois | 2 000-3 500 | ★★ |
| ⑥ Cantilever | + moment | 2-6 mois | 3 500-5 000 | ★★★★ |
| ⑦ Partielle toiture | 2-4 kN/m² localisée | 3-6 mois | 2 800-4 500 | ★★★ |
| ⑧ Sandwich suspendu | 2-4 kN/m² + portée | 4-8 mois | 3 500-6 000 | ★★★★ |
Critères de choix — arbre de décision
Étape 1 : quelle hauteur ajoutée ?
— 1-2 étages : type ①, ② ou ⑦ (selon emprise)
— 3-4 étages : type ② ou ③ (selon cap. résid.)
— > 5 étages : type ④ (très rare, démolition souvent préférable)
Étape 2 : quelle emprise ?
— Toute la toiture : ①, ②, ③, ④
— Une partie : ⑦
— En extension hors emprise : ⑤ ou ⑥
— Au-dessus d\'un vide : ⑧
Étape 3 : quelle capacité résiduelle existant ?
— > 30 % : tous types possibles
— 15-30 % : ①, ②, ⑤, ⑦ (avec renforcement modéré)
— < 15 % : type ⑤ (extension indépendante) ou démolition
Étape 4 : quel patrimoine architectural ?
— Haussmannien protégé : ① (CLT en combles) ou ⑦ (partielle)
— Bâti industriel : ② ou ⑤
— Bâti standard : ① ou ② préférés
Cumul de typologies — cas réels rencontrés
Les typologies sont parfois combinées sur un même projet :
— ① + ⑥ : surélévation CLT + cantilever en façade (gain surface optimal)
— ⑤ + ⑦ : extension latérale + surélévation partielle (densification maximale en mitoyen)
— ② + ⑧ : acier + sandwich suspendu sur cour (hôtel particulier modernisé)
— ③ + ④ : surélévation BA partielle + grande surélévation totale (cas IGH avec phasage)
Réglementation transversale et procédures
① PLU local : règles de surélévation autorisées (hauteur, alignement, COS)
② Loi ALUR 2014 + ELAN 2018 : facilitations en zone tendue (dérogation hauteur PLU)
③ ABF (Architectes des Bâtiments de France) : avis obligatoire en secteur sauvegardé
④ Permis de construire : systématique (sauf petites surfaces zone U avec déclaration préalable)
⑤ Accord copropriété : majorité 2/3 (article 26 loi 1965) pour surélévation immeubles collectifs
⑥ Étude G2 PRO : obligatoire en zone RGA (loi ELAN art. 68)
⑦ Réglementation feu : mise à niveau si changement de classe (passage R+3 → R+4 : SCI etc.)
⑧ Accessibilité PMR : ascenseur obligatoire au-delà R+3
⑨ Réglementation thermique RE2020 : surélévation neuve doit respecter performances neuves
⑩ Indivision / mitoyenneté : accord du mur mitoyen (article 657 Code civil)
Lien avec d'autres modules. Module 9 (Exemples) illustre des cas réels. Module 10 (Typologies bâti) donne le contexte bâti existant. Module 8 (Interface) détaille les transferts d\'effort spécifiques à chaque type.