Sélectionnez une typologie pour explorer ses caractéristiques.
① Haussmannien (1853-1880)
Murs porteurs en pierre de taille calcaire (Saint-Maximin, Lutétien) ou meulière selon
région. Épaisseur des murs périphériques 60-80 cm en pied, dégressive à 35-45 cm en tête.
Refends intérieurs en pierre 30-50 cm.
Planchers : poutres maîtresses + solives bois sapin 50×170 mm @ 35-40 cm avec hourdis plâtre +
voutain brique. Portée typique 4-6 m. Plancher hauts (3 m sous plafond).
Toiture : charpente brisure mansart en bois + couverture zinc. Comble habitable.
Fondations : semelles filantes pierre 1-1,5 m de profondeur. Pieux bois sous nappe (cas Marais).
Capacité résiduelle : 30-40 % (généreusement dimensionné).
Pathologies récurrentes : pourrissement solives aux appuis, fissuration façade par tassements
différentiels, érosion mortier joints chaux.
Stratégie surélévation : CLT bois idéale (+ 2 kN/m²), sous combles ou + 1 niveau sur
brisis. Souvent pas de renforcement fondations nécessaire.
② Faubourien Paris / Lyon / autres villes (1900-1940)
Murs porteurs en brique pleine cuite (typiquement Ø 100 ou 150 mm) liée au mortier chaux ou
ciment. Épaisseur 30-50 cm sur 4-5 étages.
Planchers : poutrelles métalliques (acier I rivé) + hourdis plâtre + voutain brique +
remplissage mâchefer. Plus tardivement (post-1925) : poutrelles béton préfabriquées + hourdis terre cuite.
Refends : briques 22-30 cm.
Toiture : charpente bois + couverture zinc ou tuiles.
Fondations : semelles filantes maçonnerie ou BA bas (post-1925).
Capacité résiduelle : 25-35 %.
Pathologies : corrosion poutrelles métal noyées dans plâtre (gonflement), tassement différentiel
mur mitoyen / refend.
Stratégie surélévation : CLT ou acier léger. Attention aux poutrelles métal du
dernier plancher (pas de surcharge ponctuelle > 5 kN/m²).
③ Brique + ossature métal (1860-1900) — bâti commercial / industriel
Ossature métallique en fer puddlé + remplissage briques pleines. Style « grands magasins »
Paris (Au Bon Marché, Galeries Lafayette d'origine). Bâti industriel : sheds, manufactures.
Poteaux fonte ou acier puddlé de très bonne qualité (f_y ~ 220-280 MPa).
Planchers : poutres métal + voutains brique + plancher bois.
Capacité résiduelle : 30-50 % (souvent surdimensionné pour usage industriel).
Pathologies : corrosion ponctuelle des poutres en zones humides ou de toiture.
Stratégie surélévation : acier en continuité du langage existant. Reconversion
tertiaire / loft fréquente.
Caractéristique majeure : grandes portées (8-12 m) → surélévation très libre.
④ Perret / BA d'avant-guerre (1920-1939)
Premier BA français : Auguste Perret (Rue Franklin 1903, Garage Ponthieu 1907, Notre-Dame du Raincy
1923). Trame poteaux-poutres BA en façade + remplissage. Style « ossature BA exposée ».
Béton : f_ck = 15-20 MPa (qualité courante époque).
Armatures : fer doux f_yk = 215-235 MPa (Ø 10-20 mm).
Planchers : dalles BA pleines ou poutrelles + hourdis. Portée typique 5-7 m.
Capacité résiduelle : 20-30 % (calculs déjà rigoureux mais matériaux moins performants).
Pathologies : carbonatation avancée (souvent x_c > 30 mm), corrosion armatures
visible, fissuration de retrait.
Stratégie surélévation : recalcul détaillé EC2, attention armatures réelles vs DOE. Si
bâti patrimonial classé : surélévation acier ou bois respectant le langage Perret.
⑤ Trente Glorieuses BA (1955-1975)
Période de construction de masse : 8 millions de logements construits en France.
BA banché ou BA traditionnel avec coffrage tunnel. Voiles porteurs en BA
d'épaisseur 16-22 cm. Planchers en dalle pleine BA 16-20 cm ou poutrelles-hourdis.
Béton : f_ck = 20-25 MPa (qualité variable, contrôle limité).
Armatures : f_yk = 400 MPa (post-1965), 215 MPa (avant).
Capacité résiduelle : 15-25 % (calculs précis, matières optimisées).
Pathologies : carbonatation (XC1-XC3), corrosion armatures, RAG/DEF dans certains cas (Pont
d'Auzances, barrage Chambon), retrait de séchage.
Stratégie surélévation : sondage f_ck obligatoire (sclérométrie + carottage). CLT favorisé
pour limiter charges. Renforcement poteaux fréquent (FRP ou chemisage).
⑥ Préfabriqué grands panneaux (1965-1975)
Panneaux préfabriqués BA coulés en usine, levés sur chantier (système Camus, Coignet,
Tracoba). Caractérise les grands ensembles ANRU (Voir
REX 06).
Joints entre panneaux : mortier ciment + chaînages d'angle.
Faiblesse fondamentale : peu de redondance, joints critiques en cisaillement.
Capacité résiduelle :
5-15 % seulement (calcul historique très optimiste).
Pathologies : pathologie classique « Ronan Point » (effondrement progressif si rupture
d'un panneau), joint dégradé sous infiltrations.
Stratégie surélévation :
très délicate. Plutôt démolition / reconstruction (ANRU)
que surélévation. Si surélévation : très légère (CLT) + chaînages neufs + reprise des joints.
⑦ BA récent (1990-2010)
Bâti post BAEL 91 + EC2 (mise en application progressive 2003-2010). BA traditionnel
contemporain : poteaux-poutres + voiles BA + dalles pleines.
Béton : f_ck = 25-35 MPa (qualité contrôlée NF EN 206).
Armatures : B500B f_yk = 500 MPa, dispositions ductiles EC2 §9.
Capacité résiduelle : 10-20 % (dimensionnement serré ELU/ELS).
Pathologies : peu (jeune âge), mais surveillance carbonatation déjà.
Stratégie surélévation : CLT ou acier léger. Souvent renforcement modéré fondations
(micropieux ponctuels) et poteaux (FRP).
Particularité : DOE généralement complet et fidèle au construit → diagnostic plus simple.
⑧ Bâti industriel — sheds métalliques et bâtiments BA mixte (1950-2000)
Ossature métallique (sheds, charpentes acier ou aluminium) + couverture bac acier ou
fibrociment. Portées 15-30 m. Hauteur sous portique 6-12 m.
Plancher RDC : dalle BA sur terre-plein.
Murs périphériques : bardage métal ou parois préfabriquées BA.
Capacité résiduelle : 40-60 % (très souvent surdimensionné pour process initiaux).
Pathologies : corrosion bac acier + ponts thermiques, parfois amiante (avant 1997).
Stratégie reconversion : ajout d'un niveau intermédiaire mezzanine (acier ou bois)
ou d'un plancher horizontal complet dans la hauteur disponible. Reconversion tertiaire
(open-space, lofts) ou logements. Cas typique d'urbanisme contemporain.
Tableau comparatif synthétique :
| Typologie | Cap. résid. | Stratégie privilégiée | Renforcement typ. |
| ① Haussmannien | 30-40 % | CLT légère, sous combles | Aucun (souvent) |
| ② Faubourien | 25-35 % | CLT ou acier léger | Léger (poteaux ponctuels) |
| ③ Brique + métal | 30-50 % | Acier (continuité) | Quelques poutres acier |
| ④ Perret BA | 20-30 % | Acier ou bois respect. style | FRP poteaux + chemise BA |
| ⑤ Trente Glorieuses | 15-25 % | CLT (priorité) | Micropieux + FRP poteaux |
| ⑥ Grands panneaux | 5-15 % | Démolition (ANRU) | Coût rénovation > reconstruction |
| ⑦ BA récent | 10-20 % | CLT ou acier | Micropieux ciblés |
| ⑧ Industriel | 40-60 % | Niveau intermédiaire | Aucun (généralement) |
Méthode de reconnaissance rapide d'une typologie
Étape 1 : repérer l'année de construction (cadastre, archives municipales, DOE)
Étape 2 : examiner la façade :
— pierre de taille calcaire visible + balcons fonte → Haussmannien
— brique apparente ou enduite + meneaux fonte → Faubourien
— ossature béton apparente type Perret → Perret
— façade lisse banchée + balcons en applique → Trente Glorieuses
— joints visibles entre grands panneaux préfa → Grands panneaux
— bardage métal ou acier + grandes ouvertures → Industriel
Étape 3 : examiner le plancher (sondage acoustique ou destructif local) :
— son creux + plinthe haute → solives bois (haussmannien)
— résistant + son métallique → poutrelles métal + hourdis (faubourien)
— son plein homogène → dalle BA pleine (BA tous types)
Lien avec d'autres modules. Module 3 (Diagnostic)
s'appuie sur la typologie. Module 4 (Fondations) et
Module 5 (Poteaux) appliquent les techniques
de renforcement adaptées à chaque typologie. Module 11 (Aléas
& essais) couvre la fiabilité des données par typologie.