Alan JALIL — Directeur technique Structures Arcadis & Enseignant et animateur de formation continue — alan.jalil@estp.fr

Fiche D6 — Raideurs d'appui non uniformes (CR, charges, modes)

En pratique les appuis n'ont pas tous la même raideur (zones renforcées sous charges lourdes, modèles d'appui différents). Le centre de raideur (CR) n'est alors plus au centre géométrique : il se calcule par CR = Σ(k·position)/Σk — les appuis raides « attirent » le CR. Deux conséquences : (1) la répartition des charges statiques est déséquilibrée (le bâtiment rigide bascule jusqu'à l'équilibre des moments → certains appuis surchargés, voire en soulèvement) ; (2) l'écart CR↔CdG crée le couplage ballant-torsion (modes 6×6, comme D5). On impose ici un gradient de raideur sur une grille d'appuis.

[A] Champ d'appuis (taille ∝ raideur, teinte ∝ charge), CR vs CdG, et spectre des 6 modes
Configurez le bâtiment.

Méthode & références

① Champ de raideurs & centre de raideur

Grille n_x×n_y, raideur par appui k_z,i = k_z0·(1 + g_x·ξ_i + g_y·η_i), ξ=2x/L_x, η=2y/L_y (≥ 0,15·k_z0)
k_z0 calé sur f_z : Σk_z,i = m·(2π·f_z)² ; k_h,i = α·k_z,i
Centre de raideur : x_CR = Σ(k_z,i·x_i)/Σk_z,i, y_CR = Σ(k_z,i·y_i)/Σk_z,i (CdG au centre géométrique)

② Répartition des charges statiques (corps rigide sur ressorts)

δ_z,i = u_z + θ_x·y_i − θ_y·x_i ; F_i = k_z,i·δ_z,i ; poids W = m·g au CdG
Équilibre 3×3 : ΣF = W, ΣF·y = 0, ΣF·x = 0 → (u_z, θ_x, θ_y) → F_i de chaque appui
Si CR = CdG → pas de basculement, F_i ∝ k_z,i ; sinon le bâtiment bascule et surcharge un côté

③ Modes propres (6×6) — K = Σ Bᵢᵀ·diag(k_x,k_y,k_z)ᵢ·Bᵢ assemblée appui par appui, diagonalisation de Jacobi (idem D5). À gradient nul (g_x=g_y=0), on retrouve les modes découplés de D4.

Lecture — déséquilibre de charge F_max/F_moy : viser < ~1,5 et aucun soulèvement (F_min > 0). Un gradient de raideur déplace le CR ; pour équilibrer, raidir les appuis du côté opposé au CdG (ou rapprocher CR et CdG). La torsion (e/ρ) dégrade confort et surcharge les coins.

Points de vigilance / limites — (a) hypothèse corps rigide + inertie de boîte homogène, appuis en grille régulière ; (b) le tassement différentiel suit la répartition de charge (joints, réseaux) ; (c) raideurs k_h,i ici proportionnelles à k_z,i (même α) — pour des familles d'appuis différentes, distinguer. Quand ça ne suffit plus : disposition réelle quelconque (chaque appui saisi), modèle EF. Voir D5 et D3.